6.3.17

ma fille tu t'appelleras Sourire

a m p e f y . m a d a g a s c a r













15   :   23  Je rédige ces lignes sous le tropique du Capricorne, au coeur de l'Île Rouge, sur les bords du lac Itasy, à l'ombre de notre arbre.
Les dômes volcaniques m'encerclent, silencieux, vertigineux, ils contemplent le ciel qui gronde. Un cyclone tropical rôde et son oeil sera au-dessus du lac d'ici trois petits jours. Tic tac.

Partout autour de moi on prépare sa venue. Les uns consolident les toitures, d'autres s'en vont acheter des bougies. Et j'écris. Et j'écoute. Et je sens. 
Et je souris face à ce fourmillement de bons hommes, eux-mêmes souriant de toutes leurs dents quasi manquantes. Tsiky signifie sourire ici. Les hommes de cette île ont cette force, celle du sourire à toute épreuve. Face aux caprices du temps, face au dénuement, face à la fatigue et à la faim, face à la mort d'un des leurs. Cette terre qui m'a vu naître est celle du sourire éternel. Tic tac.

L’œil du cyclone approche. Et avant que le chaos ne s'abatte sur les rizières et que la pluie diluvienne ne coule en torrent sur les montagnes, le ciel nous adresse un dernier sourire, un de ses sourires magnifiques qui tirent sur les zygomatiques, qui a la magie d'être contagieux et qui nous fait déjà oublier le pire à venir. Voici en un instantané, un aperçu de l'énergie indicible que je suis venue chercher sous ces lointaines latitudes.
Le ciel pourra pleuvoir de toutes ses larmes, nous sourions tous autour du lac Itasy. Tic tac tic tac.